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Indemnisation des passagers aériens · Règlement (CE) 261/2004

Vos droits

Circonstances extraordinaires : quand la compagnie peut-elle refuser de vous indemniser ?

Une compagnie peut refuser l'indemnité si elle prouve que le retard ou l'annulation vient d'une circonstance extraordinaire : un événement extérieur à son activité normale, qu'elle ne maîtrisait pas et dont elle n'a pas pu éviter les effets. Une panne technique ou une grève de son propre personnel n'en font en principe pas partie.

En bref

  • C'est à la compagnie de prouver la circonstance extraordinaire, son lien avec votre retard et les mesures prises.

  • Météo dangereuse, risque pour la sûreté, grève du contrôle aérien : souvent admis.

  • Panne technique, manque d'équipage, grève du personnel de la compagnie : en principe non.

  • Même dans ce cas, la compagnie doit vous assister pendant l'attente.

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Qu'est-ce qu'une circonstance extraordinaire ?

C'est un événement qui, par sa nature ou son origine, ne relève pas de l'activité normale de la compagnie et échappe à sa maîtrise effective. Les deux conditions sont cumulatives. La CJUE les a posées dans l'arrêt Wallentin-Hermann (C-549/07, 2008).

L'article 5 §3 du règlement (CE) n° 261/2004 ajoute une troisième exigence : la compagnie n'est dispensée de payer que si la circonstance n'aurait pas pu être évitée même si toutes les mesures raisonnables avaient été prises. Un événement extraordinaire ne suffit donc pas : il faut qu'il ait réellement causé votre retard ou votre annulation, et que la compagnie n'ait pas pu en limiter les effets.

Qui doit prouver la circonstance extraordinaire ?

La compagnie. C'est à elle de démontrer l'événement, son lien avec votre vol et les mesures qu'elle a prises. Une mention générale comme « raisons opérationnelles » ou « conditions météorologiques » ne suffit pas.

Les mesures raisonnables s'apprécient au cas par cas : moyens humains et matériels mobilisés, avion de remplacement, marge prévue dans les rotations, recherche d'un autre vol pour les passagers, y compris sur une autre compagnie. On n'exige pas de la compagnie des sacrifices insupportables.

Quels événements sont généralement admis ?

Événement Position habituelle Repère
Météo incompatible avec la sécurité du vol (orage, neige, vents violents) Généralement admis, si la météo a réellement empêché le vol Article 5 §3 et considérant 14 du règlement
Grève du contrôle aérien, du personnel de l'aéroport ou de la sûreté Généralement admis : ces grèves sont extérieures à la compagnie CJUE, Airhelp c. SAS, C-28/20, 2021
Fermeture de l'espace aérien (éruption volcanique, conflit) Généralement admis ; l'assistance reste due CJUE, McDonagh, C-12/11, 2013
Collision avec un oiseau Généralement admis, sous réserve des mesures prises ensuite CJUE, Pešková, C-315/15, 2017
Débris sur la piste ayant endommagé l'avion Généralement admis, si la compagnie a tout fait pour limiter le retard CJUE, Germanwings, C-501/17, 2019
Passager perturbateur entraînant un déroutement Généralement admis CJUE, TAP, C-74/19, 2020
Risque pour la sûreté, acte de malveillance Généralement admis Considérant 14 du règlement

Quels événements ne sont en principe pas des circonstances extraordinaires ?

Événement Position habituelle Repère
Panne technique découverte lors de l'entretien ou due à un défaut d'entretien En principe pas extraordinaire CJUE, Wallentin-Hermann, C-549/07, 2008
Défaillance prématurée d'une pièce de l'avion En principe pas extraordinaire CJUE, van der Lans, C-257/14, 2015
Grève du personnel de la compagnie (pilotes, personnel de cabine), y compris une grève « sauvage » En principe pas extraordinaire CJUE, Krüsemann, C-195/17, 2018 ; Airhelp c. SAS, C-28/20, 2021
Manque d'équipage, problème d'organisation ou de planning Pas extraordinaire : cela relève de l'activité normale Logique de Wallentin-Hermann
Choc d'un escalier passerelle contre l'avion Pas extraordinaire CJUE, Siewert, C-394/14, 2014

Une exception existe pour la grève du personnel de la compagnie : quand les revendications ne peuvent être satisfaites que par les pouvoirs publics, la grève peut être extérieure à la compagnie. Le détail : la grève et l'indemnisation.

Et quand le retard vient du contrôle aérien ?

Une décision de régulation du trafic, par exemple un créneau de décollage retardé, n'est pas à elle seule une circonstance extraordinaire. La CJUE l'a jugé le 8 octobre 2026 (C-108/26 RX). Il faut remonter à l'événement qui a provoqué la décision : une grève des contrôleurs ou une météo dangereuse peuvent compter ; une simple saturation du trafic doit être examinée au cas par cas.

Dans la même décision, la Cour a précisé la règle des causes multiples : on retire du retard total la seule part due à la circonstance extraordinaire, puis on vérifie si le retard restant atteint 3 heures.

Comment fonctionne la déduction en pratique ?

Deux exemples fictifs, pour un vol de 1 500 km ou moins :

Situation Calcul Résultat
Retard total de 4 h : 1 h 30 due à un orage à l'aéroport de départ, puis 2 h 30 dues à une panne technique 4 h − 1 h 30 = 2 h 30 Retard restant inférieur à 3 h : pas d'indemnité forfaitaire
Retard total de 4 h 30 : 1 h due à un orage, puis 3 h 30 dues au remplacement d'un équipage arrivé en fin de temps de service 4 h 30 − 1 h = 3 h 30 Retard restant de 3 h ou plus : 250 € par passager restent dus

Dans les deux cas, l'assistance pendant l'attente reste due. La compagnie doit prouver la durée imputable à l'événement extérieur ; à défaut, tout le retard compte.

Et si le retard vient d'un vol précédent ?

C'est fréquent : l'avion arrive en retard d'une rotation précédente. Ce retard « en cascade » ne dispense pas la compagnie de payer, sauf si le vol précédent a lui-même subi une circonstance extraordinaire et que le lien avec votre retard est direct. La CJUE l'a admis dans l'arrêt TAP (C-74/19, 2020).

Comment vérifier l'explication de la compagnie ?

L'explication avancée n'est pas toujours la bonne. Vous pouvez la confronter :

  • aux données de vol : horaires prévus et réels, rotation précédente de l'avion, autres vols de la même compagnie au même moment ;
  • aux bulletins météo des aéroports concernés ;
  • aux annonces publiques de grève du contrôle aérien ou de fermeture d'aéroport.

Notre vérificateur signale les événements extérieurs relevés le jour de votre vol, comme un orage ou une grève du contrôle aérien. Il ne signale jamais comme extraordinaires une panne technique ou une grève du personnel de la compagnie.

Que faire si la compagnie invoque une circonstance extraordinaire ?

  1. Demandez-lui de préciser l'événement, son lien avec votre vol et les mesures prises.
  2. Contestez par écrit si l'explication ne tient pas, avec les éléments recueillis.
  3. Saisissez le médiateur si la compagnie maintient son refus : c'est obligatoire avant toute action en justice depuis le 7 février 2026. Voir la médiation obligatoire.

Réclamer seul est gratuit, avec notre lettre type de réclamation. Si vous nous confiez le dossier, nous analysons les motifs de refus et nous répondons à la compagnie à votre place. Notre commission est de 30 % TTC à l'amiable ou en médiation, 50 % TTC seulement si une assignation devient nécessaire, avec votre accord, et rien si nous n'obtenons rien. Voir nos tarifs.

Quels droits gardez-vous dans tous les cas ?

Même en cas de circonstance extraordinaire, la compagnie doit vous proposer le remboursement du billet ou un autre vol en cas d'annulation, et vous assister pendant l'attente : repas, rafraîchissements, communications, hôtel si nécessaire. Voir assistance, repas et hôtel.

Que changera la réforme ?

Le règlement (UE) 2026/2202, applicable aux vols effectués à partir du 23 octobre 2027, inscrit la notion dans le texte et ajoute une annexe, non exhaustive, qui liste des circonstances extraordinaires. Selon les analyses publiées, elle vise notamment les phénomènes météo, les catastrophes naturelles, certaines grèves extérieures à la compagnie, les passagers perturbateurs et les urgences médicales ; les pannes techniques courantes et le manque d'équipage n'y figurent pas [liste exacte à relire dans l'annexe du texte publié, à valider par l'avocat]. La compagnie qui refuse de payer devra préciser sur quelle circonstance elle s'appuie.

Ces règles ne s'appliquent pas encore. Le détail : la réforme du règlement et le règlement 261/2004 expliqué.

On vous répond

Questions
fréquentes

La compagnie m'a répondu « raisons opérationnelles ». Est-ce une circonstance extraordinaire ?

Non, pas en soi. Cette formule ne dit pas quel événement a causé le retard. Demandez à la compagnie de préciser la cause et de la justifier : c'est à elle d'en apporter la preuve.

Le pilote a annoncé un « problème technique ». Ai-je droit à l'indemnité ?

En principe, oui. Une panne liée à l'exploitation ou à l'entretien de l'avion fait partie de l'activité normale d'une compagnie. Seuls des cas particuliers, comme un défaut caché révélé par le constructeur ou une autorité, peuvent l'exonérer.

Le retard a deux causes, dont une météo. Que se passe-t-il ?

On retire du retard total la part due à la circonstance extraordinaire, puis on vérifie si le retard restant atteint 3 heures (CJUE, C-108/26 RX, 2026). L'indemnité peut donc rester due.

Ai-je droit à des repas et à un hôtel en cas de circonstance extraordinaire ?

Oui. La circonstance extraordinaire dispense seulement de l'indemnité forfaitaire. L'assistance (repas, communications, hôtel si nécessaire) et le choix entre remboursement et autre vol restent dus.

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